(La) bosse des maths / Stanislas Dehaene [ Livre]

Auteur principal: Dehaene, StanislasLangue: Français.Publication : Paris : O. Jacob, 1996Description : 299 p. ; 24 cmISBN: 2738104428.Classification: 51.13 Jeux mathématiquesRésumé: Einstein et la corneille Stanislas Dehaene commence son livre en rendant hommage à cette fameuse corneille du XVIIIe siècle, peut-être mythique, qui « savait compter » jusqu'à 5. Mais comme elle ne distinguait pas bien 5 de 6, elle finit par succomber aux chasseurs acharnés à sa perte. Cent cinquante pages plus loin, pour identifier ce qui sépare Einstein de ces corneilles améliorées que sont les calculateurs prodiges, il propose, avec prudence, l'hypothèse d'une « densité de cellules gliales supérieure à la normale dans une région cérébrale appelée aire 39 de Brodmann, qui fait partie du lobule pariétal inférieur ». « Il se peut, ajoute-t-il avec prudence, qu'Einstein ait hérité, dès sa naissance, d'une densité cellulaire pariétale hors du commun qui l'ait prédisposé aux mathématiques. Mais dans l'état actuel de nos connaissances, l'inverse paraît également plausible : l'usage incessant de cette région cérébrale a pu en modifier l'organisation neuronale. » Si Einstein possédait ce que la sagesse des nations appelle la bosse des maths, elle était chez lui peut- être innée, peut-être acquise, Stanislas Dehaene ne se prononce pas. L'organisation du cerveau d'Einstein, comme celle du cerveau de la corneille, étant le résultat d'un cadeau de l'évolution, ce sont les circuits neuronaux de l'un et de l'autre qu'il importe d'interroger pour comprendre aussi bien ce qui les rapproche que ce qui les éloigne. La corneille, comme le bébé humain, comme tout humain adulte, comme Einstein donc, a dans la tête un « sens des nombres », un « embryon d'arithmétique ». Une « représentation quantitative », héritage de « l'histoire évolutive », permet une « compréhension intuitive des nombres ». Il s'agit, bien entendu, de l'espèce de nombres qu'on nomme naturels ou entiers. Tous ces cerveaux sont préparés à les manipuler parce qu'ils disposent d'accumulateurs des circuits cérébraux fonctionnant comme des « compteurs approximatifs ». Mais dans un cas, celui de l'animal, l'appréciation de la quantité reste approximative. Le bébé, lui, en grandissant, devient capable d'une « arithmétique exacte ». C'est l'émergence de cette arithmétique qu'on nous propose de suivre, neuronalement, de l'animal au génie en passant par l'homme ordinaire, vous, moi, calculateurs moyens. Riche d'exemples variés, s'appuyant sur des expériences récentes clairement exposées, ce livre évoque, avec tranquillité, pertinence et toujours une grande circonspection, une foule de problèmes fort contemporains. L'imagerie du cerveau tient la vedette. Mais les ordinateurs et l'école ne sont pas oubliés. Bien entendu, il soulève aussi de nombreuses interrogations. On est un peu surpris de devoir attendre le chapitre IX et dernier pour que soit posée (seulement posée) la question « Qu'est-ce qu'un nombre ? » ; parce que, de manière très évidente, une réponse a été donnée implicitement, dès le début, dès que la corneille est entrée en scène. Et cette réponse, curieusement, est celle qui me semble la moins certaine, dans la visée même de l'ouvrage : s'« il s'agit d'apprécier » ce qui « totalise » une toute petite collection d'objets singuliers du monde (telle est, pour toutes fins pratiques, la question qui se pose aux cerveaux aussi bien animaux qu'humains), bien des modèles abstraits sont possibles qui pourraient tout autant être nommés « nombres » ; parmi eux, celui des nombres entiers. Mais il n'est pas évident que c'est cela que la corneille compte. JACQUES ROUBAUD, Le Monde Le 07 Février 1997.Sujet - Nom commun: Psychologie expérimentale | Psychologie cognitive | Nombre, Idée de | Mathématiques, Difficultés en | Mathématiques -- Aspects cognitifs | Aptitude pour les mathématiques | Apprentissage, Psychologie de l'
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ENS Rennes - Bibliothèque
Mathématiques
51.13 DEH (Browse shelf) Available 51.13 Jeux mathématiques 00002729

Bibliogr. p. 281-293

Einstein et la corneille
Stanislas Dehaene commence son livre en rendant
hommage à cette fameuse corneille du XVIIIe siècle,
peut-être mythique, qui « savait compter » jusqu'à 5. Mais
comme elle ne distinguait pas bien 5 de 6, elle finit par
succomber aux chasseurs acharnés à sa perte. Cent
cinquante pages plus loin, pour identifier ce qui sépare
Einstein de ces corneilles améliorées que sont les calculateurs
prodiges, il propose, avec prudence, l'hypothèse d'une «
densité de cellules gliales supérieure à la normale dans une
région cérébrale appelée aire 39 de Brodmann, qui fait partie
du lobule pariétal inférieur ». « Il se peut, ajoute-t-il avec
prudence, qu'Einstein ait hérité, dès sa naissance, d'une
densité cellulaire pariétale hors du commun qui l'ait
prédisposé aux mathématiques. Mais dans l'état actuel de nos
connaissances, l'inverse paraît également plausible : l'usage
incessant de cette région cérébrale a pu en modifier
l'organisation neuronale. » Si Einstein possédait ce que la
sagesse des nations appelle la bosse des maths, elle était chez
lui peut- être innée, peut-être acquise, Stanislas Dehaene ne
se prononce pas.
L'organisation du cerveau d'Einstein, comme celle du
cerveau de la corneille, étant le résultat d'un cadeau de
l'évolution, ce sont les circuits neuronaux de l'un et de l'autre
qu'il importe d'interroger pour comprendre aussi bien ce qui
les rapproche que ce qui les éloigne. La corneille, comme le
bébé humain, comme tout humain adulte, comme Einstein
donc, a dans la tête un « sens des nombres », un « embryon
d'arithmétique ». Une « représentation quantitative », héritage
de « l'histoire évolutive », permet une « compréhension
intuitive des nombres ». Il s'agit, bien entendu, de l'espèce de nombres qu'on nomme naturels
ou entiers. Tous ces cerveaux sont préparés à les manipuler parce qu'ils disposent d'accumulateurs des circuits cérébraux fonctionnant comme des « compteurs approximatifs ». Mais dans un cas, celui de l'animal, l'appréciation de la quantité reste approximative. Le bébé, lui, en grandissant, devient capable d'une « arithmétique exacte ». C'est l'émergence de cette arithmétique qu'on nous propose de suivre, neuronalement, de l'animal au génie en passant par l'homme ordinaire, vous, moi, calculateurs moyens. Riche d'exemples variés, s'appuyant sur des expériences
récentes clairement exposées, ce livre évoque, avec tranquillité, pertinence et toujours une grande circonspection, une foule de problèmes fort contemporains. L'imagerie du cerveau tient la vedette. Mais les ordinateurs et l'école ne sont pas oubliés. Bien entendu, il soulève aussi de nombreuses interrogations. On est un peu surpris de devoir attendre le chapitre IX et dernier pour que soit posée (seulement posée) la question « Qu'est-ce qu'un nombre ? » ; parce que, de manière très évidente, une réponse a été donnée implicitement, dès le début, dès que la corneille est entrée en scène. Et cette réponse, curieusement, est celle qui me semble la moins certaine, dans la visée même de l'ouvrage : s'« il s'agit d'apprécier » ce qui « totalise » une toute petite collection d'objets singuliers du monde (telle est, pour toutes fins
pratiques, la question qui se pose aux cerveaux aussi bien animaux qu'humains), bien des modèles abstraits sont possibles qui pourraient tout autant être nommés « nombres » ; parmi eux, celui des nombres entiers. Mais il n'est pas évident que c'est cela que la corneille compte.

JACQUES ROUBAUD, Le Monde Le 07 Février 1997

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